Le décret élargissant les actes professionnels des orthophonistes aux aspirations a été publié au Journal officiel du 10 juillet 2026, au terme d’un cheminement engagé de longue date par la Fédération nationale des orthophonistes (FNO).
L’orthophoniste est désormais habilité à pratiquer des aspirations orales, nasales et pharyngées, ainsi que des aspirations trachéales chez une personne trachéotomisée, sous réserve d’une formation initiale à ces gestes et d’une attestation de formation aux gestes et soins d’urgence (niveau 2).
La FNO avait exprimé cette demande dès mai 2024, conjointement avec le Conseil national professionnel des médecins ORL. Porté avec détermination et persévérance, ce texte constitue un pas modeste mais bienvenu vers la pleine reconnaissance de l’expertise orthophonique.
« L’aspiration devient ce qu’elle aurait toujours dû être : un geste de sécurité et d’hygiène intégré au soin orthophonique » déclare Sarah Degiovani, orthophoniste, présidente de la Fédération nationale des orthophonistes.
Cette avancée trouve une traduction concrète dans le quotidien des orthophonistes.
Auprès des patients trachéotomisés — après un cancer ORL, une atteinte neurologique lourde ou une réanimation prolongée —, elle permet de sécuriser une séance de rééducation de la déglutition sans dépendre systématiquement de la disponibilité d’un infirmier. Chez les patients victimes d’AVC ou atteints de maladies
neurodégénératives (maladie de Parkinson, Sclérose latérale amyotrophique etc.), l’encombrement salivaire ou pharyngé, fréquent en cours de séance, pourra être immédiatement pris en charge, évitant l’interruption du soin et le risque de fausse route. En pédiatrie, auprès d’enfants polyhandicapés ou porteurs de troubles neuro- développementaux sévères, l’orthophoniste pourra intervenir directement lors des essais alimentaires ou des exercices de motricité oro-faciale, sans attendre un tiers pour dégager les voies aériennes.
En établissement comme en cabinet libéral ou à domicile, cette compétence s’inscrit dans une logique cohérente, évite les temps d’attente, réduit la sollicitation d’autres professionnels déjà en tension, et surtout renforce la continuité et la sécurité du parcours de soin du patient, du diagnostic jusqu’à la rééducation.
Ce décret vient enrichir une séquence que la FNO entend continuer de nourrir : accès direct, élargissement du champ de prescription des dispositifs médicaux, d’actes techniques. Une profession qui diagnostique, prescrit, décide de son plan de soins et pratique des gestes invasifs sous sa propre responsabilité ne peut plus être maintenue au statut d’auxiliaire médical: chaque texte de cette nature conforte la demande de reconnaissance de l’orthophonie comme profession médicale à compétences définies.
