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Charte éthique des orthophonistes

En juin 2017, le conseil d’administration de la FNO a adopté la charte éthique des orthophonistes

 

L’orthophonie est une profession de santé et malgré les connaissances, les lois, les normes de santé, scientifiques, institutionnelles, soigner une personne nous confronte à des questionnements.

 

Les valeurs partagées, les principes de bioéthique et éthiques partagés par tous les professionnels de santé peuvent nous guider de façon consensuelle.

 

La charte des orthophonistes reprend ces valeurs et principes qui doivent guider toutes nos actions professionnelles (soin, recherche, enseignement et formation, rapports avec les autres professionnels, médias et réseaux sociaux)

 

Cliquez ici pour télécharger la charte
Pour en savoir plus : Article issu de L’Orthophoniste de mars 2018

Questions éthiques

Vous trouverez ci-dessous plusieurs situations issues du quotidien professionnel de l’orthophoniste. Ces situations génèrent des questionnements auxquels tous les orthophonistes peuvent être confrontés. La réflexion éthique peut être un guide.

Les membres de la commission éthique de la FNO vous proposent pour chaque cas une mise en situation, la présentation du dilemme, les questions qui se posent ainsi que la conduite d’un raisonnement éthique quelques propositions éventuelles.

Bonne lecture !

 

Arrêter ou continuer?

Max a 7 ans. Il bénéficie d’une prise en soins orthophoniques depuis la grande section maternelle. Il présentait alors un retard de parole modéré associé à une mauvaise maîtrise du graphisme et à des difficultés attentionnelles.

Il est suivi en psychomotricité pour ses problèmes de graphisme. Max a fait des progrès très significatifs en langage et l’orthophoniste préconise l’arrêt des séances. Max est réticent et sa mère est inquiète, préférant la poursuite de la prise en soins en prenant comme critère que le frère aîné a eu besoin de poursuivre la prise en soins pour des difficultés avérées en langage.

 

Dilemme

Comment décider ? qui doit être le décideur ? est-ce qu’il faut continuer les séances pour répondre aux inquiétudes de la mère et de Max ? par prudence ?

Questions

Quels pourraient être les critères de décision : les résultats aux tests et la réalité des progrès ? le ressenti que l’on prend en compte ? la nécessité de trouver des places pour d’autres patients en attente ? Quelle est l’autonomie de Max ? Y-a-t-il une problématique familiale ? Quelle est la position du psychomotricien ?

Éthique

Importance de l’échange des points de vue entre l’orthophoniste, Max et ses parents (inclure l’autre parent). Il est important que les parents puissent parler des difficultés du frère aîné pour les distinguer de celles de Max et pour que l’orthophoniste puisse comprendre la situation. On doit tenir compte de l’avis de Max qui ne se sent pas assez autonome.

L’orthophoniste, Max et sa mère doivent chacun donner les arguments qui justifient leur position. Il s’agit de DÉCISION PARTAGÉE. Ce dialogue donnera place à l’écoute de la parole de chacun puis permettra d’informer sur les capacités de Max et sur sa possibilité d’autonomie. Il sera alors possible d’envisager le long cours (contact si des problèmes surgissent, possibilité de RDV ponctuels, lien et coordination avec les professionnels.). Nous recherchons l’autonomie de la personne dans sa vie. Par ailleurs le patient peut décider de ses soins, à condition d’être bien informé. (INFORMATION CLAIRE, LOYALE ET APPROPRIÉE) On peut évoquer le PRINCIPE DE BIENFAISANCE : on respecte le patient, mais comme il y a dissensus, cela demande un dialogue afin que la décision soit partagée, quitte à laisser du temps et à ne pas abandonner la personne (la revoir à distance, par exemple)

Quelques propositions éventuelles

Proposer de se mettre en lien avec le psychomotricien pour bien coordonner les suivis (les informations entre les deux professionnels tenus au secret professionnel peuvent être partagées en ayant l’accord de Max et de sa mère).   Prise en soin plus espacée, séances d’accompagnement, intégration à un programme d’éducation thérapeutique du patient, pour que Max se sente autonome et en confiance.

 

Refus de soins

Max, 65 ans a été opéré d’une laryngectomie partielle. Il est suivi en rééducation en centre de soins. Il se satisfait de sa sonde de gastrostomie qui supplée bien une alimentation per os.

Il n’exprime pas beaucoup ses besoins. Il souhaite surtout rentrer à son domicile où il vit seul. Il refuse la poursuite des soins orthophoniques à la sortie du centre.

L’orthophoniste estime qu’il existe une marge importante de progression.

Dilemme

Quelle attitude pour l’orthophoniste face à ce refus de soins ? Faut-il quand même contacter un collègue proche de son domicile ? Faut-il prendre contact avec son médecin traitant ? avec le médecin ORL qui l’a opéré ?

Questions

Comment prendre en compte les arguments et les valeurs du patient (peu de besoin apparent de communication, envie de passer à autre chose. Choix de vie ou attitude psychologique devant ce qui lui arrive …)

Éthique

Un dialogue non jugeant et non injonctif doit s’établir entre le patient et l’orthophoniste.  L’orthophoniste donne des informations précises et claires en vérifiant la bonne compréhension des enjeux et des éléments. A la suite de ces informations, le patient pourra peut-être développer ses souhaits. Ce type d’entretien pourra peut-être permettre un changement de décision de la part du patient. C’est ce qu’on appelle la décision partagée. C’est le droit du patient de décider de ses soins, y compris de refuser (NOTION DE JUGEMENT ÉCLAIRÉ). Si l’orthophoniste a bien écouté et informé le patient, la décision d’arrêt dans ce cas précis doit être respectée (loi relative aux droits des patients et à la qualité du système de santé 2002). On peut toujours laisser « une porte ouverte » (principe de bienfaisance)

Quelques propositions

Envoi du CR au médecin traitant, en informant le patient de cette démarche. Donner quand même les coordonnées des orthophonistes proches de son domicile au cas où ?

 

Coordination/secret professionnel

Max, 82 ans est suivi en orthophonie pour aphasie progressive primaire à raison de 2 séances hebdomadaires. Après quelques séances, l’orthophoniste apprend que l’équipe spécialisée Alzheimer (ESA) du service de soins infirmiers à domicile (SSIAD)du village intervient à son domicile.

C’est sa compagne qui est à l’origine de la demande auprès du SSIAD. Il va bénéficier de 15 séances de réhabilitation cognitive : Un bilan réalisé par une ergothérapeute puis des séances assurées par différentes assistantes en gérontologie diplômées.

La compagne informe l’orthophoniste que l’équipe ESA souhaite entrer en relation avec l’orthophoniste.

Dilemme

Quelles informations partager avec cette équipe ? Est-ce qu’on peut ou doit travailler en coordination avec cette équipe ?

Questions

Qui décide de cette coordination ? le patient ? sa compagne ? l’orthophoniste ? les personnes de l’ESA ? Comment communiquer et sur quoi ? Quelle est la place de chacun ? quelle place pour le médecin ?

Éthique

Avant tout c’est le patient qui décide des informations à partager avec les intervenants ou éventuellement de son refus de communiquer tout ou partie des informations. Les professionnels de santé sont tenus au secret professionnel ou médical (code de la santé publique). Si nécessaire des informations peuvent être partagées avec des intervenants médico-sociaux, mais les informations partagées sont celles qui sont strictement nécessaires. Cela nécessite l’accord du patient (loi de 2002). S’il n’est pas en capacité de décider (troubles cognitifs trop prononcés), c’est la personne de confiance qui peut le faire, sinon c’est lui qui décide. A savoir qu’un patient sous tutelle ou curatelle peut encore décider : par exemple une personne sans langage, sous tutelle peut être capable de prendre des décisions la concernant. Tant qu’il est autonome pour décider, c’est lui et non sa compagne qui peut décider. De toute façon, la coordination doit se faire avec le patient en lui expliquant bien les choses. Chaque décision d’action doit être prise en pensant au bien du patient avant tout et en respectant ses choix. Il n’est pas non plus question d’exclure la compagne du débat sur les décisions à prendre. Celle-ci a sans doute besoin d’être rassurée et accompagnée dans sa fonction d’aidant.

Quelques propositions

Bien expliquer à Max le rôle de chacun, ce que chacun fait, les projets le concernant. Favoriser les échanges avec l’équipe du SSIAD et sa compagne en sa présence. Respecter ses choix. Échanger les informations nécessaires, si Max est d’accord, avec les différents intervenants, dans le but d’être le plus bienfaisant pour lui. Faire un compte-rendu au médecin prescripteur.

 

Nécessité/impossibilité

Max, 3 ans présente un gros trouble du langage oral (parole et langage). Il aurait besoin de rééducation orthophonique. Le médecin a prescrit « un bilan plus rééducation si nécessaire ».

A l’issue du bilan il est proposé une prise en soins. La maman explique qu’elle est dans l’impossibilité de se rendre aux rendez-vous : elle ne refuse pas les soins pour son fils mais elle est dans une situation complexe : femme battue, elle vient de se séparer de son conjoint et elle a besoin de se reconstruire.

Par ailleurs elle a de nombreuses démarches à effectuer.

Dilemme

Les soins orthophoniques sont vraiment nécessaires car Max a de grosses difficultés. On ne peut pas imposer à sa mère de venir toutes les semaines dans son contexte actuel. Comment faire ?

Questions

A qui s’adresser pour trouver des solutions ? doit-on aider la maman à trouver des solutions pour elle et pour Max ? Comment trouver des solutions pour que Max vienne au cabinet ?

Éthique

Il est essentiel de prendre en compte le contexte familial, social et psychologique de cet enfant. Max a besoin de soins et il ne faut pas refuser et l’exclure sous prétexte qu’on ne pourrait pas respecter les normes de prises en soin. (PRINCIPE DE BIENFAISANCE) Il ne faut pas non plus se substituer à la famille, ni aux intervenants agissant dans cette situation sociale particulière. Pour ce qui est de la situation de la mère, les organismes appropriés agissent et n’ont pas obligation de divulguer toutes les informations (préservation de l’intimité). Il est possible d’agir en concertation avec l’école en faisant très attention à la préservation du secret médical. Il est important de renforcer chez la maman ce qu’elle fait déjà pour aider Max par rapport à ses difficultés de langage, valoriser ses compétences éducatives et lui apporter des éléments pour qu’elle puisse l’aider davantage (PRINCIPE D’AUTONOMIE).

Quelques propositions

Proposer un suivi espacé tant que la maman n’a pas résolu ses problèmes. Proposer des échanges avec l’école en accord avec la maman. Informer le médecin, avec l’accord de la maman sur ce qui est proposé. (L’échange d’informations au sujet du patient ne peut se faire qu’avec son accord, donc en l’informant. Loi sur les droits du patient 2002.)

Pouvoir de décision/ responsabilité

Adèle 6 ans, présente un trouble du langage oral pour lequel elle a eu un suivi orthophonique en grande section de maternelle.

Sa mère ne l’emmène pas régulièrement et a un jour interrompu le suivi en ayant « oublié » de régler les séances.

Malgré un rappel par courrier, elle n’a pas payé ce qu’elle devait. Lorsqu’Adèle est au CP, 3 mois après la rentrée, la maman appelle pour reprendre les séances car l’école a signalé des difficultés dans l’apprentissage de la lecture. L’école a préconisé une consultation en centre référent.

Dilemme

Va-t-on reprendre cette enfant en rééducation ? Si oui, dans quel délai ? avant d’autres demandes ? selon quelles modalités ?

Questions

Comment communiquer avec l’école ? Comment se positionner vis-à-vis de la consultation en centre référent ? comment demander à la maman la somme due ? est-ce un cas prioritaire (reprise d’une rééducation d’un patient déjà suivi auparavant) ? faut-il imposer des conditions (paiement des séances dues, consultation préalable au centre référent ?)

Éthique

Quelles sont les valeurs de la famille ? de l’orthophoniste ? (Base du questionnement éthique). Il faut les confronter lors d’un échange pour mettre en évidence un désaccord éventuel qui peut mettre en cause l’alliance thérapeutique. Nous devons considérer l’avenir de cette enfant. Nous avons une obligation de continuité de soins, mais dans ce cas c’est la famille qui a interrompu les soins. Le PRINICPE DE BIENFAISANCE va dans le sens d’une reprise du traitement orthophonique de cette enfant car il pourrait y avoir risque si on ne la prend pas en soin. Comment être équitable vis-à-vis des autres patients ? et non discriminant vis-à-vis d’Adèle malgré les conditions (lien de confiance rompu). Il ne faut pas non plus exclure le principe de bienfaisance du thérapeute envers lui-même.

Le dialogue va permettre de voir quelles sont les valeurs de la famille et si elles peuvent être compatibles avec une reprise des séances sans absentéisme récurrent. Si cela semble possible, il faut poser un cadre avec des règles de fonctionnement qui sont les mêmes pour tous les patients selon le principe d’équité (fréquence des séances, prévenir si impossibilité, paiement régulier à chaque séance si nécessaire…) On peut responsabiliser Adèle et sa famille en expliquant ce qu’est le soin orthophonique et donc la nécessité de régularité, et du cadre posé. Le dialogue est indispensable pour construire l’alliance thérapeutique.

Quelques propositions

Impliquer la famille et Adèle dans le soin pour que la rééducation ait du sens, que les règles de fonctionnement soient respectées afin de pouvoir se consacrer pleinement au soin.  Créer du lien entre l’école, la famille, Adèle et l’orthophoniste.

 

Accès aux soins, téléphone, urgence

3 appels dans la même journée :

  • Adèle qui a 3ans et demi et présente un bégaiement qui a augmenté ces derniers temps.
  • Adèle 25 ans qui suite à un traumatisme crânien léger présente une dysphagie. Elle vient de sortir de l’hôpital avec une prescription d’orthophonie notée comme indispensable par le médecin. Elle n’a pas vu d’orthophoniste à l’hôpital.
  • Adèle, 60 ans, sort d’hospitalisation. Suite à un AVC et après deux semaines en service neuro-vasculaire puis 2 mois en SSR (ou CRF), elle présente encore une aphasie globale qui a cependant bien évolué et qui nécessite une poursuite de la rééducation.

Dilemme

Une seule place dans l’immédiat.

Questions

Donner une priorité ?  A qui ? Qu’est-ce qui justifie cette priorité ? Quelle réponse donner aux autres personnes ?

Éthique

Si on veut respecter le PRINCIPE D’ÉQUITÉ, on ne peut favoriser personne. Il faut donc trouver des critères de « RAISONNEMENT CLINIQUE » afin de décider de ce qu’on peut faire vis-à-vis de ces trois demandes tout aussi importantes. Si on veut respecter le PRINCIPE DE BIENFAISANCE, il faut prendre le temps de dialoguer, expliquer et donner des perspectives. Le dialogue permettra de mieux connaître le contexte, les répercussions de la pathologie et les capacités ou capabilités de chacun. Il ne s’agit pas de répondre à tout prix et de prendre à tout prix ces trois personnes quitte à se mettre en difficulté (maltraitance vis à vis de l’orthophoniste).

Quelques propositions

Le temps du dialogue est nécessaire afin de répondre en premier lieu aux interrogations qui inquiètent les patients. Prendre le temps d’évaluer la situation de chacun permettra de juger de l’urgence, de mettre en place des actions…. Contacter les collègues. Voir avec l’hôpital, le médecin. Prodiguer des conseils, orienter sur les plateformes (PPSO). Tout CHOIX ÉCLAIRÉ est valide.

 

Fin de suivi

Adèle a 9 ans et présente un trouble spécifique du langage écrit (dyslexie). Elle bénéficie d’une prise en soins orthophoniques depuis le CE1.

Les scores obtenus lors du bilan de renouvèlement sont inférieurs aux normes attendues pour sa classe d’âge. Toutefois Adèle compense très bien ses difficultés et obtient des résultats scolaires corrects.

L’orthophoniste propose donc un arrêt des séances mais la famille refuse.

 

Dilemme

Quelle décision ? Comment ne pas prolonger ce suivi ?

Questions

Quel est l’avis d’Adèle ? Pourquoi la famille refuse l’arrêt ? Comment l’orthophoniste peut justifier sa décision ?

Éthique

On doit informer aussi bien la famille que l’enfant (en donnant des informations adaptées à sa maturité). La prise de décision sera faite par les parents, mais il est préconisé de prendre en compte l’avis de l’enfant. Il est important de faire le point avec l’enfant et avec ses parents en expliquant ce qui justifie la position de l’orthophoniste dans un langage clair, loyal et adapté. L’orthophoniste n’a pas à prolonger le suivi s’il n’est pas nécessaire, mais il faut agir à bon escient, avec bienveillance en tenant compte des craintes de la famille et éventuellement de l’enfant. Bien expliquer ce qu’est le soin orthophonique, son but et ses résultats, de façon claire en s’assurant de la bonne compréhension peut aider à mettre en évidence les acquis positifs et à justifier l’arrêt. La poursuite est-elle délétère ou non ? L’orthophoniste a aussi des valeurs, par exemple en estimant que le suivi orthophonique n’a plus lieu d’être, au regard de la bonne adaptation d’Adèle.

Quelques propositions

Prévoir quelques séances avant la fin du suivi afin de dialoguer avec l’enfant et la famille pour préparer la fin du suivi. Donner la possibilité de revoir à distance l’orthophoniste.

 

Articles sur l’éthique

Vous trouverez ci-dessous les articles écrits par la commission éthique de la FNO et parus dans le mensuel “L’Orthophoniste” depuis 2014.

Bonne lecture !